Recomposition familiale : l’amour conjugal ne suffit pas…

Annie et Bernard se sont rencontrés en milieu de vie, sur la base de fortes affinités religieuses et culturelles. Annie élevait à l’époque 3 adolescents, d’un premier homme dont elle avait divorcé 2 ans plus tôt. Bernard avait eu, quant à lui, 2 enfants d’une première union, déjà majeurs lors de sa rencontre avec Annie, et avec lesquels il avait, contre son gré, perdu contact à leur adolescence.
Le nouveau couple a rapidement buté sur une divergence concernant l’éducation des enfants d’Annie. Ces derniers ne participaient en aucune manière aux travaux domestiques, et, alors qu’Annie s’en accommodait, Bernard en était scandalisé, estimant que cela équivalait à une véritable exploitation de leur mère par ses enfants.
Lorsque, tiraillée entre conjoint et enfants, Annie a pris le parti de protéger son couple, elle n’a pu éviter une rupture totale avec son plus jeune fils, parti vivre chez son père, et refusant par la suite toute communication avec elle. Les deux aînés, bien que restés auprès d’elle, se sont longtemps montrés très distants vis-à-vis de leur beau-père.
Cette recomposition familiale a ainsi eu un coût des plus élevés pour Annie, non seulement en tant que mère, mais aussi dans sa relation avec Bernard, gravement affectée par cette incompréhension, qu’ils percevaient comme en totale contradiction avec les valeurs fondatrices de leur couple.

Le travail en CCF a permis de repérer, derrière le conflit sur les options éducatives, les enjeux enracinés dans l’histoire personnelle de chacun : valeur sécurisante, pour Annie, d’être une mère totalement dévouée à ses enfants; désir, chez Bernard, de réparer en tant que beau-père ce qu’il n’avait pu vivre avec ses propres enfants. Travail de mémoire et de pleine intégration de la dimension affective, qui était nécessaire pour dépasser la crise.

Sage pensée in fine d’Annie et Bernard « l’amour conjugal, même fondé sur de solides valeurs morales, ne suffit pas : notre recomposition familiale aurait mérité davantage d’échanges préalables sur nos ambitions parentales ».